Les Huit Leçons Emergentes d’Otto Scharmer: du Coronavirus à l’Action pour le Climat

En cette période où nos esprits bouillonnent de pensées nourries par une surenchère des médias et réseaux sociaux, j’ai choisi de traduire cet article pour proposer aux lecteurs francophones des éléments pour mieux comprendre ce moment incroyable que nous traversons. Cet article a été écrit par Otto Scharmer, maître de conférences du MIT et co-fondateur du Presencing Institute, dans le blog Fields of the Future.

Vérification de la température des passagers arrivant à l’aéroport international d’Hong-Kong. La ville, comme Singapour et Taïwan, a fait des progrès pour contenir le Covid-19 (Crédit Photo: Hannah Mckay/Reuters)

1. La perturbation du coronavirus est un présage des choses à venir

COVID-19 a mis en lumière notre situation de crise et, fait intéressant, a accompli plus pour réduire les émissions de CO2 en quelques semaines que tous les échanges sur le climat combinés ont fait depuis des années. Alors que certaines catastrophes, comme les ouragans, les tremblements de terre et les tsunamis, ont tendance à faire ressortir le meilleur de la population (en rassemblant les gens), les pandémies ont tendance à faire le contraire, comme l’a récemment expliqué le chroniqueur David Brooks . Le virus brandit un miroir devant nous. Il nous oblige à prendre conscience de notre propre comportement et de son impact sur le collectif, sur le système. Ce miroir nous invite doucement à faire quelques sacrifices personnels qui profitent à l’ensemble — pour faire bouger notre état intérieur de l’ ego à l’ éco .

2. Votre comportement change le système

Si la crise du coronavirus a déjà montré quelque chose, c’est que nous — chacun de nous, séparément et ensemble — pouvons changer le système. Rappelez-vous à quel point cet étrange virus de Wuhan semblait lointain à beaucoup d’entre nous lorsqu’il a fait la une des journaux début janvier? C’était il y a quelques semaines seulement. C’est une puissante démonstration que nous sommes mondialement interconnectés. Nous sommes nombreux. Nous sommes un. Maintenant, nous devons ralentir la propagation du virus, aplanir la courbe, éviter les souffrances massives et inutiles de ceux d’entre nous qui se trouvent être les personnes âgées, les personnes non assurées, les travailleurs précaires qui alignent les petits boulots, les gens qui sont seuls et sans filet de sécurité. L’auto-isolement et l’éloignement social ne vous concernent pas si vous êtes en bonne santé; ils visent à protéger les personnes particulièrement vulnérables.

Un employé désinfecte le pont Ponte della Paglia sur la place Saint-Marc afin de lutter contre la contagion du coronavirus à Venise, en Italie (Crédit photo: Manuel Silverstri / Reuters)

3. Deux leviers: réponse du gouvernement rapide et sensibilisation des citoyens à partir de données transparentes

Pour ralentir la propagation du virus, nous devons changer notre comportement collectif. Nous pouvons y parvenir de deux manières: a) par une réponse gouvernementale opportune et b) une sensibilisation et une action citoyennes fondées sur les tests d’infection réalisés. La Chine, après un démarrage lent, a surmonté la pandémie en s’appuyant principalement sur la première solution (verrouillage draconien, quarantaine et distanciation sociale, surveillance des mouvements de l’ensemble de la population), qui ont étonnamment bien fonctionné. L’Italie (et maintenant aussi l’Espagne) a adopté une approche qui, pendant une longue période, a été faible en ce qui concerne l’action des pouvoirs publics — tant en termes de mesures de contrôle que de tests. Mais si vous n’avez pas de réglementation efficace et pas de données fiables face à une pandémie, c’est comme si vous couriez dans la forêt les yeux bandés. Cela donne des souffrances et des décès massifs parmi les personnes vulnérables, par exemple lorsque les personnes âgées qui ont besoin de soins ne peuvent être accueillies dans les hôpitaux. C’est la voie même sur laquelle les États-Unis semblent désormais s’engager.

Les habitants de banlieue portant des masques par précaution contre l’épidémie de coronavirus, ici dans un train pendant leur trajet du matin à Singapour. (Crédit photo: Reuters File Photo)
Figure 1. Réponse du coronavirus: une carte, plusieurs voies — visuel par Olaf Baldini

4. Nous avons le choix

La situation du coronavirus nous donne à tous la possibilité de faire une pause, réinitialiser et intensifier nos actes. Le COVID-19, comme toute perturbation, nous met tous face à un choix: (1) se figer, se détourner des autres, ne s’occuper que de nous, ou (2) se tourner vers les autres pour soutenir et réconforter ceux qui ont besoin d’aide. Ce choix entre agir à partir de l’ego ou agir à partir de la conscience de l’écosystème est celui auquel nous sommes confrontés chaque jour, chaque heure, chaque instant. Plus le monde s’enfonce dans le chaos, le désespoir et la confusion, plus grande est notre responsabilité de rayonner la présence, la compassion et la confiance en l’action.

Figure 2: Deux réponses aux perturbations — deux domaines sociaux
En Espagne, un MERCI surgit dans la rue pour remercier le personnel hospitalier

5. Le déclin de Trump et des populistes d’extrême droite

La manière dont on réagit aux perturbations — en se figeant et en se détournant ou en s’ouvrant et en se tournant vers — est à la fois un choix personnel et collectif. Au cours des quatre dernières années, nous avons tous constaté une énorme augmentation de la réaction de gel de pays entiers, provoquée par Trump, Bolsonaro, Orban, Salvini, Modi, Johnson. La liste continue. Bien que Trump ait réussi à raconter plus de 16 000 mensonges depuis son entrée en fonction, cette fois, cela pourrait être différent. En temps «normal», on peut diriger un pays en racontant beaucoup de bêtises : on évite les sujets importants, et c’est divertissant pour la population. Mais en période de grande perturbation, les mêmes comportements (déni, désensibilisation, absence, blâme, destruction) se conjuguent et forment un puissant moteur d’autodestruction accélérée. Lorsque cette dynamique devient apparente, lorsque des pannes catastrophiques en résulteront directement,

Nous avons le choix — visuel de Rachel Hentsch

6. L’essor de l’action collective à partir d’une sensibilisation fondée sur des données fiables.

La crise des coronavirus nous pousse à improviser de nouvelles façons de collaborer et de coordonner. L’action collective basée sur la sensibilisation et les données fiables marche bien, en s’occupant ensemble d’une situation, puis en ajustant son comportement en conséquence. Une autre façon de décrire ce type de gouvernance est : coordonner en lâchant prise et en laissant venir, à partir de ce que nous voyons ensemble: lâcher prise sur les plans précédents, et laisser venir ce qui est sur le point d’émerger.

7. La conversation que nous devons avoir maintenant: réinventer notre civilisation

Chaque crise a deux aspects: les choses que nous devons abandonner et les choses qui sont sur le point d’émerger. Du côté du lâcher-prise, il est intéressant de voir à quelle vitesse nous pouvons nous adapter en tant que communauté mondiale. Du coup, on réalise que plus de la moitié des réunions avec lesquelles nous remplissons notre emploi du temps ne sont peut-être pas aussi nécessaires, aussi essentielles que nous le pensions, après tout. Alors pourquoi nous occupons-nous de choses qui ne sont pas essentielles? C’est une excellente question à poser. La question suivante pourrait être: si nous abandonnons tout ce qui n’est pas essentiel — que reste-t-il? C’est une autre grande question (ou «mantra») à méditer. Quelle que soit la réponse qui se dégage pour vous de cette contemplation, gardez-la dans votre cœur.

8. École de transformation: activer les champs sociaux génératifs

Beaucoup d’entre nous sentons que nous vivons à une époque de profond changement — changement non seulement en termes de « fin des choses », mais aussi en termes d’ensemencement, de culture et de croissance d’une nouvelle civilisation pour les décennies et les siècles à venir. C’était vrai avant la pandémie de COVID-19, et ce sera vrai après. La question est de savoir comment répondre à la situation actuelle de manière à aider à manifester cet énorme potentiel de changement positif.

Figure 3: Matrice d’apprentissage des systèmes et de leadership
Figure 4: École de transformation — Activation des champs sociaux génératifs — visuel par Olaf Baldini

GAIA: Global Activation of Intention and Action

C’est pour cette raison que, à partir de la semaine prochaine, mes collègues et moi avons décidé de vous proposer une plateforme d’apprentissage mondiale et gratuite, en ligne, pour activer des champs sociaux génératifs parmi tous les participants à travers les prochaines semaines. C’est un voyage pour les acteurs du changement de tous les secteurs et toutes les cultures — un voyage qui débouchera sur un Forum mondial, multi-local et multi-régional, co-créé par les participants en juillet.

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